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le thème dans Antigone d'anouilh

Le 7 avril 2014, 17:34 dans Humeurs 0

 

1. La solitude physique et morale des personnages

Dès le prologue, on nous annonce qu'Antigone va « se dresser seule en face du monde, seule en face de Créon » (p. 9). Elle espérait l'aide de sa sœur pour ensevelir son frère maisIsmène a renoncé : « nous ne pouvons pas […] Il nous ferait mourir. » (p. 23) et elle la traite de folle. Sa nourrice ne la comprend pas non plus. Créon, non plus, ne peut expliquer son comportement et lui demande de s'expliquer : « pourquoi fais-tu ce geste, alors ? Pour les autres, pour ceux qui y croient ? Pour les dresser contre moi ? [ …] Ni pour les autres, ni pour ton frère ? Pour qui alors ? » (p. 21). 
La seule personne qui essaie de la comprendre, son fiancé Hémon, est repoussée : « Sors tout de suite sans rien dire » (p. 44).

Ce dernier est lui aussi confronté à la solitude que lui impose son père : « On est tout seul, Hémon. Le monde est nu » (p. 105). 

Antigone, elle-même, veut agir seule sans comprendre les autres : « Je ne veux pas comprendre. C'est bon pour vous. Moi, je suis là pour autre chose que pour comprendre. Je suis là pour dire non et mourir ».

Cependant, juste avant son exécution, cette solitude lui pèse : elle murmure « Je suis toute seule. » (p. 112) et le répète et regrette de ne pas être avec une autre bête. Pour s'arracher à sa solitude, Antigone cherche refuge dans l'amour : elle veut écrire à Hémon et dicte une lettre au garde ignorant, grossier et indigne. 

A la solitude d'Antigone répond celle du roi Créon. Encore une fois, c'est le Prologue qui nous le présente : « Créon est seul. Seul avec son petit page qui est trop petit et qui ne peut rien pour lui non plus. » Sa femme non plus ne lui parlera pas : « elle tricotera pendant toute la tragédie jusqu'à ce que son tour vienne de se lever et de mourir » (p. 11). Pour accomplir son devoir, il ne compte que sur lui et enseigne la même doctrine à son fils Hémon : « On est tout seul, Hémon. Le monde est nu » (p. 105). Ce dernier la refusera. 

Donc, les deux personnages tragiques que sont Antigone et Créon, qu'ils aient décidé de dire oui ou non, sont seuls et le Chœur semble présenter cette solitude comme un principe même de la tragédie voire son fondement (p. 121) « tout seul, oui. »

TROISIÈME PARTIE : ANTIGONE VEUT S'EXPLIQUER AVEC HÉMON.

Le 7 avril 2014, 16:59 dans Culture 0

ANTIGONE

 

TROISIÈME PARTIE : ANTIGONE VEUT S'EXPLIQUER AVEC HÉMON.

 

 

ANOUILH

 

ANTIGONE, court à Hémon.

Pardon, Hémon, pour notre dispute d'hier soir et pour tout. C'est moi qui avais tort. Je te prie de me pardonner.

 

HÉMON

Tu sais bien que je t'avais pardonné, à peine avais-tu claqué la porte. Ton parfum était encore là et je t'avais déjà pardonné. (Il la tient dans ses bras, il sourit, il la regarde.) A qui l'avais-tu volé, ce parfum ?

 

ANTIGONE

A Ismène.

 

HÉMON

Et le rouge à lèvres, la poudre, la belle robe ?

 

ANTIGONE

Aussi

 

HÉMON

En quel honneur t'étais-tu faite si belle ?

 

ANTIGONE

Je te le dirai. (Elle se serre contre lui un peu plus fort.) Oh ! mon chéri, comme j'ai été bête ! Tout un soir gaspillé. Un beau soir.

 

HÉMON

Nous aurons d'autres soirs, Antigone.

ANTIGONE

Peut-être pas.

HÉMON

Et d'autres disputes aussi. C'est plein de disputes, un bonheur.

ANTIGONE

Un bonheur, oui… Ecoute, Hémon.

HÉMON

Oui

ANTIGONE

Ne ris pas ce matin. Sois grave.

HÉMON

Je suis grave.

ANTIGONE

Et serre-moi. Plus fort que tu ne m'as jamais serrée. Que toute ta force s'imprime dans moi.

HÉMON

Là. De toute ma force.

ANTIGONE, dans un souffle.

C'est bon. (Ils restent un instant sans rien dire, puis elle commence doucement.) Ecoute, Hémon.

HÉMON

Oui.

ANTIGONE

Je voulais te dire ce matin… Le petit garçon que nous aurions eu tous les deux…

HÉMON

Oui.

 

ANTIGONE

Tu sais, je l'aurais bien défendu contre tout.

HÉMON

Oui, Antigone.

ANTIGONE

Oh ! Je l'aurais serré si fort qu'il n'aurait jamais eu peur, je te le jure. Ni du soir qui vient, ni de l'angoisse du plein soleil immobile, ni des ombres… Notre petit garçon, Hémon ! Il aurait eu une maman toute petite et mal peignée -mais plus sûre que toutes les vraies mères du monde avec leurs vraies poitrines et leurs grands tabliers. Tu le crois, n'est-ce pas ?

HÉMON

Oui, mon amour.

ANTIGONE

Et tu crois aussi, n'est-ce pas, que toi, tu aurais eu une vraie femme ?

HÉMON, la tient.

J'ai une vraie femme.

ANTIGONE, crie soudain, blottie contre lui.

Oh ! tu m'aimais, Hémon, tu m'aimais, tu en es bien sûr, ce soir-là ?

HÉMON, la berce doucement.

Quel soir ?

ANTIGONE

Tu es bien sûr qu'à ce bal où tu es venu me chercher dans mon coin, tu ne t'es pas trompé de jeune fille ? Tu es sûr que tu n'as jamais regretté depuis, jamais pensé, même tout au fond de toi, même une fois, que tu aurais plutôt dû demander Ismène ?

HÉMON

Idiote !

le dernier jour d'un condamnéXLII

Le 7 avril 2014, 16:42 dans Culture 0

XLII

 

Elle est fraîche, elle est rose, elle a de grands yeux, elle est belle !
On lui a mis une petite robe qui lui va bien.
Je l'ai prise, je l'ai enlevée dans mes bras, je l'ai assise sur mes genoux, je l'ai baisée sur ses cheveux.
Pourquoi pas avec sa mère ? - Sa mère est malade, sa grand mère aussi. C'est bien.
Elle me regardait d'un air étonné ; caressée, embrassée, dévorée Manger en déchirant avec les dents. de baisers et se laissant faire mais jetant de temps en temps un coup d'oeil inquiet sur sa bonne, qui pleurait dans le coin.

Enfin j'ai pu parler.
- Marie ! ai-je dit, ma petite Marie !
Je la serrais violemment contre ma poitrine enflée Augmenter de volume. de sanglots. Elle a poussé un petit cri.

- Oh ! vous me faites du mal, monsieur m'a-t-elle dit.
Monsieur ! il y a bientôt un an qu'elle ne m'a vu, la pauvre enfant. Elle m'a oublié, visage, parole, accent ; et puis, qui me reconnaîtrait avec cette barbe, ces habits et cette pâleur ? Quoi ! déjà effacé de cette mémoire, la seule où j'eusse voulu vivre !
Quoi ! déjà plus père ! être condamné à ne plus entendre ce mot, ce mot de la langue des enfants, si doux qu'il ne peut rester dans celle des hommes :
papa !
Et pourtant l'entendre de cette bouche, encore une fois, une seule fois, voilà tout ce que j'eusse demandé pour les quarante ans de vie qu'on me prend.

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